L’épizootie de 1774

lundi 30 juin 2014
par  GeneO

"L’année mil sept cent soixante quatorze sera remarcable dans le siecle par des evenements sinistres et principalement par la maladie episodique arrivée dans le païs de Labourt, Basse Navarre, Soule, Bearn, Gascogne et environs".
Lourd et triste constat livré par le curé d’Hasparren à la fin de l’année 1775 au sein du registre des BMS [1].

Registre des BMS, Hasparren, année 1774
Registre des BMS, Hasparren, année 1774
Crédits : CG64, SDA, 5 MI 256/1

Ces lignes, relatent précisément l’événement et démontrent l’impuissance générale face au fléau.
L’épizootie de 1774 fut en effet dévastatrice en Pays Basque et ses conséquences ont été ressenties bien des années après.

La maladie

Le terme épizootie fluctue selon les actes et documents mais il s’agit d’une épidémie qui frappe les animaux. L’infection est contagieuse ou non, celle de 1774 l’était et s’est répandue à une vitesse effroyable. "Dans [en] peu de temps tout le bétail à corne fut infecté dans pour ainsi dire quil fut possible dy porter aucun remede il ny eut que confusion superstition trouble et desolation" détaille le curé.

Bayonne, point de départ

L’épidémie semble prendre souche à Bayonne. Le transport de bestiaux est l’élément déclencheur qui va permettre à la maladie de prendre pied dans la région du sud-ouest. A partir de là elle s’étend jusque dans le Condomois, passant par les Landes, le Béarn, affectant les bourgs, les fermes, rebondissant de marchés en marchés.

La lutte

Felix Vicq d’Azyr est dépêché depuis Paris afin qu’il trouve et préconise les moyens pour en stopper la progression. Il met en place pour la première fois en France un "ensemble cohérent de mesures sanitaires". Les militaires sont sollicités pour organiser l’abattage des bêtes infectées. Les douaniers veillent attentivement aux frontières pour tenter d’aggraver l’expansion de la maladie. Cela n’empêche par la disparition de 80% du cheptel bovin. Pour les paysans, c’est la ruine. [2]
Le curé dénonce d’ailleurs certains comportements "on les enterroient bien profondement dans la terre des Landes des gens avides […] les ecorchoient pour en avoir la peau […] ce petit détail qui peut etre pourrait servir a la posterite pour en pareille calamite prendre les précautions y denoncées"

Conséquences

En plus du problème de la viande, devenue non consommable, les bêtes servant aux travaux du labour et semailles périssaient. Les paysans ne purent faire autrement que de reprendre les outils pour à bout de bras, tenter de faire pousser de quoi se nourrir : on imagine sans peine que le rendement en fut très réduit. "A défaut de bestiaux nécessaires pour ensemencer le bled pendant l’hiver de l’année 1774 et pour les autres travaux champêtres, les Regnicoles ont été réduits à la dure nécessité de les exécuter à bras d’hommes". [3]
Dans la vallée de Baïgorry "depuis 1774 la misère est devenue générale" explique M. d’Urdos. [4]. Un emprunt fut décidé lors des Etats de Navarre, afin d’aider les plus pauvres qui avaient tout perdu.

Conclusion

Ne vous étonnez donc pas, si vous trouvez que la mortalité augmente dans les années qui suivirent cette épizootie.

L’année 1774 est aussi "memorable par la mort du roy de france". En effet, c’est le petit fils de Louis XV qui lui succède après sa mort en mai sous le nom de Louis XVI. Et enfin le curé d’ajouter également quelques mots quant à la dissolution de la société des jésuites.
1774 est bien une année différente dont l’histoire est parvenue jusqu’à nous par de nombreux témoignages comme celui du curé d’Hasparren. Merci à Bernard Viguier, notre adhérent de nous en avoir communiqué les références. Nous comptons sur lui pour d’autres trouvailles concernant l’histoire locale de nos ancêtres.


 :: :: :: :: Pour aller plus loin

Le texte écrit par le curé d’Hasparren vaut la peine de faire l’objet d’une lecture soignée, tant il permet de se rendre compte des conséquences terribles de ce type de fléau sur la population.
http://earchives.cg64.fr/img-viewer/FRAD064003_IR0002/HASPARREN/5MI256-1/viewer.html?ns=FRAD064006_5MI256_1_0490.jpg

On lira l’excellent article Les épizooties en France de 1700 à 1850 de François Vallat, publié sur Cairn

Sur Gallica, une monographie de 1864 Notions de zoologie rurale avec des applications… au département de la Gironde, précédées de l’historique de l’épizootie de 1774 donne de précieuse indications sur la propagation de l’infection.


[1Conseil général des Pyrénées-Atlantiques, service des archives départementales, état civil, Hasparren, 5 MI 256/1

[2Lucien Bély, Dictionnaire de l’Ancien Régime, 1996, Puf

[3Archives nationales, H 1/1153-196/5 in Manex Goyhenetche, Histoire générale du Pays Basque, tome III

[4Manex Goyhenetche, Histoire générale du Pays Basque, tome III


Lire aussi...

Annonces

Archives départementales 64 : fermeture des salles de lecture

JPEG - 74.8 ko

Fermeture exceptionnelle du Pôle d’Archives de Bayonne
- 1er septembre,
- jeudi 14 septembre,
- vendredi 15 septembre,
- vendredi 22 septembre.
Ces dates s’ajoutent aux fermetures hebdomadaires le mardi et le jeudi matin.

Fermeture annuelle
Le service des Archives départementales (sites de Bayonne et de Pau) sera fermé du 25 septembre au 6 octobre 2017.


Journées européennes du patrimoine

Jeunesse et patrimoine

Les Archives départementales vous proposent un riche programme pour les journées européennes du patrimoine les 16 et 17 septembre. Visites, ateliers et conférence sont organisés dans plusieurs villes du département.

Le programme sur le site des Archives départementales des Pyrénées-Atlantiques

JPEG - 59 ko