La tribune de l’église d’Aussurucq s’effondre pendant l’office

vendredi 11 décembre 2015
par  Marie Eppherre-Provensal

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Dans son édition du 19 août 1911, le quotidien Le Petit Parisien se fait l’écho d’un fait divers survenu quelques jours auparavant à Aussurucq. Lors d’une cérémonie, la tribune de l’église paroissiale s’est effondrée, entraînant dans sa chute une soixantaine d’hommes présents, en blessant une vingtaine dont cinq grièvement.

JPEG - 90.7 koLe correspondant du journal, basé à Pau, apporte un éclairage sociologique à sa brève. Il précise en effet que la tradition veut qu’au Pays basque, les hommes se placent en haut dans la tribune tandis que les femmes et les enfants se tiennent en bas dans le chœur. Il ajoute que les paroissiennes ont eu le temps de s’enfuir lors de la chute de la tribune !
On imagine l’émoi dans ce petit village souletin qui à cette époque, comptait 518 âmes ! (sources : Wikipedia).

Malheureusement pour eux, les villageois n’en étaient pas quittes pour autant avec les risques que leur faisait courir la vétusté de leur église ! Celle-ci va en effet donner lieu à un différend entre le préfet des Basses-Pyrénées et le conseil municipal d’Aussurucq, un an plus tard.

Le 26 novembre 1912 en effet, en pleine séance de la Chambre des Députés à Paris, le représentant des Basses-Pyrénées, Léon Pradet-Balade (voir encadré), interpelle le ministre de l’intérieur lors des questions au gouvernement. Il demande à ce dernier s’il est dans son intention de faire appliquer les lois de 1905 et 1908 concernant les églises. Il se méfie dit-il des préfets et prend pour exemple … Aussurucq !

Et d’expliquer en séance le contexte : la commune d’Aussurucq était prête à restaurer le clocher de son église « qui menaçait ruine » prenant en conseil municipal « une délibération demandant au préfet l’autorisation de faire une coupe de bois [dans les bois communaux] pour un montant de 4900 F, somme correspondant exactement au devis des réparations » ce, afin de procéder à la reconstruction dudit clocher.

Quelques temps après, le maire reçoit du préfet une réponse « laconique et sèche », selon M. Pradet-Balade, refusant l’adjudication, arguant que « la loi de séparation [de l’Eglise et de l’Etat] n’autorise aux communes que les réparations des édifices du culte ; elles ne peuvent entreprendre des travaux ni de construction ni d’embellissement ». Il refuse donc l’adjudication des travaux.

Très en verve, le député sous-entend alors que le préfet n’a pas lu le dossier, resté pourtant en souffrance six mois en préfecture ! Le reste relève de « Clochemerle » quand il apparaît, toujours dans la bouche de M. Pradet-Balade, que le préfet « faisait des niches au maire d’Aussurucq » pour une sombre affaire de désaccord au sujet de la construction de la maison d’école [logement de l’instituteur] sur fond de favoritisme. Le maire ne cédant pas et menaçant le préfet de saisine du Conseil d’Etat, celui-ci tentait alors de « l’intimider en lui interdisant de procéder à l’adjudication du clocher. »

En bon avocat qu’il est, le député Pradet-Balade conclut en rappelant aux préfets « leur devoir de justice », stigmatisant « leurs errements et leurs actes de tyrannie et d’arbitraire intolérables. » Le ministre de l’intérieur promet alors « d’examiner les faits » et l’assure que son « plus vif désir [est] que l’administration soit juste et agisse conformément à l’intérêt du public. »

On le voit, les débats de notre actuelle assemblée nationale n’ont rien à envier à ceux qui avaient cours il y a un siècle. Il est également amusant de noter que Léon Pradet-Balade était lui-même fils de sous-préfet…

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Les coupures de presse sont disponibles sur Gallica, la bibliothèque numérique de la BNF : http://gallica.bnf.fr/


Léon Pradet-Balade
Né le 6 février 1863 à Saint-Palais, Léon Théodore Hyacynthe Pradet-Balade est le fils d’un ancien sous-préfet de Mauléon lui-même député des Basses-Pyrénées en 1881. Il obtient sa licence de droit à la faculté de Bordeaux, où il s’installe comme avocat avant d’ouvrir un cabinet dans sa ville natale. Il est élu maire de Saint-Palais en 1892, conseiller général en 1895, puis entre à la chambre des députés le 11 mars 1900 à la faveur d’une élection partielle.
Il sera député des Basses-Pyrénées de 1900 à 1914 sous l’étiquette républicain progressiste. A partir de 1914, il se tient à l’écart de la vie politique et décède à Bayonne le 30 juin 1931, à l’âge de 68 ans.


D’après la « Biographie extraite du dictionnaire des parlementaires français de 1889 à 1940 (Jean Jolly)


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