Une vision basque de l’origine du mot PASPÉBIAC

dimanche 14 février 2010
par  GeneO

Une vision basque de l’origine du mot PASPÉBIAC

Par Lucie Delarosbil

L’origine du mot « Paspébiac » ne semble pas très claire, du moins de la façon qu’il est écrit présentement depuis le temps des pionniers basques. Selon trois sources, le mot peut signifier « barachois ou lagune », « batture fendue » et « qui brille à distance ». La première source
viendrait du mot micmac « ipsigiag », la deuxième de l’expression « papgeg ipigiag » et la troisième reste inconnue.

La grande différence entre les sons « Paspébiac » et « ipigiag » porte à se questionner quant à l’origine du mot « Paspébiac ». Bien sûr, il est fort possible que le mot micmac ait existé avant l’arrivée des Basques. Mais de là à confirmer qu’il en est l’origine, il y a une marge assez évidente.

Euskara, la langue des Basques

Possédant une petite base de la langue basque et sachant que les Basques furent parmi les premiers à fréquenter la région de la Gaspésie, je me suis demandé si l’origine ne pouvait pas être un mélange de micmac et de basque, de micmac transformé en basque ou de basque tout
simplement.

En effet, si on commence par la fin du mot « Paspébiac », deux sons donnent « biak », le mot basque « bi » signifiant « deux », et « ak » rendant pluriel dans cette langue le mot qui le précède, ainsi traduisant « biak » pour « les deux ».

Si on continue en sens inverse avec la syllabe suivante, le mot basque « pe » prononcé « pé » veut dire « partie inférieure ou partie basse » et « dessous ». Ce qui nous donnerait après traduction « les deux parties basses ou inférieures ».

Et si on s’arrête enfin sur la première syllabe « Pas- », l’étude se complique. Le mot basque qui se rapproche le plus est « pase » prononcé « paché » qui veut dire « passée ou passe ». Là on risque de se perdre.

Paspediack ou Gaspediack

Cependant, dans le Livre pour le dénombrement des familles acadiennes réfugiées le long des
Côtes de l’Acadie, incluant la Gaspésie, le 6 août 1761, on nomme des lieux de cette région
tels que Paspediack, Gaspediack et Gascapediack. Le deuxième lieu pourrait être le même
que le premier car l’un des deux ayant pu avoir été inscrit avec une erreur dans la graphie.

Ainsi, en allant plus loin dans la recherche avec cette référence, on peut se pencher sur la
syllabe « Gas- » au lieu de « Pas- ». En Gaspésie, dans cette même partie de la région, mais au
sud, sur le bord de la Baie-des-Chaleurs, on connaît aussi deux lieux plus à l’est de Paspébiac
qui se nomment Gascon et Gaspé. Le mot « gascon » se traduit dans la langue basque actuelle
par « gaskoi » prononcé « gachkoï ».

Au départ, avant l’arrivée de certains en Gaspésie, les Gascons s’avéraient les habitants de la
Gascogne, possiblement l’ancien territoire actuel basque et plus loin encore. En outre, toute la
côte maritime du Pays Basque, en France et en Espagne, se situe sur le bord du golfe de
Gascogne. Ce dernier rejoint l’océan Atlantique, comme le fait au Québec le golfe du
Saint-Laurent qui découle de l’estuaire du Saint-Laurent et du fleuve Saint-Laurent.

Dans la transcription des mots, toponymes comme patronymes, une seule lettre peut tout
changer et renverser le sens habituel commun vers un autre sens initial ou originel. Ainsi, le
mot « gascon » viendrait du mot « vascon » et je ne sais comment précisément. Et « vasque »
serait devenu « basque », l’ancienne langue d’oc prononçant le « v » comme un « b ».

Morue salée

Ce qui semble le plus intéressant dans cette réflexion sur la recherche de l’origine, et qui
aurait un lien tout à fait irréductible avec la langue basque pour la première partie du mot
étudié, c’est que le mot basque « gatz » prononcé « gats » veut dire « sel ». Ce dernier mot
nous conduit immanquablement et de manière tout à fait concrète dans le monde des pêcheurs
basques et de la morue séchée salée. Et comme on peut convertir une lettre « g » en une autre
« p », par erreur ou par intention, on peut toujours en omettre une, et dans le cas de « gatz », la
lettre aurait été le « t ».

Toutefois, il s’agit de savoir comment le mot « sel » s’écrivait dans la langue basque en ces temps anciens. Car quand je me réfère à un lexique et à un dictionnaire qui traduisent des mots français en basque, je trouve deux graphies différentes pour le verbe « saler » : « gatza » prononcé « gatsa » et « gazi » prononcé « gassi ». De même, le dictionnaire ajoute « gazi » pour les qualificatifs « salé » et « salin », ainsi que la définition suivante : « mettre du sel sur les viandes pour les conserver » pour le verbe basque « gatza ». Ce qui en dit beaucoup sur l’origine possible des mots quand on creuse dans les profondeurs et qu’on travaille sur « du concret » d’où découle la langue basque.

Désormais, la question qui s’impose sur la possibilité d’origine basque du mot « Paspébiac » s’avère : Comment concilier la traduction « les deux parties basses » avec celle du mot « sel » ou avec la définition « mettre du sel sur les viandes pour les conserver » ?

Gaspé

Avant de répondre, n’oublions pas, non plus, que le mot « Gaspé » possède trois origines ne
se montrant pas plus claires, à mon avis, que celles reconnues du mot « Paspébiac ». Alors
que la version micmaque nous donne le mot « gespeg », une autre version le définit « bout de
la terre » et une dernière version le réfère à une déformation du supposé mot basque « gerispe
 » prononcé « guérichpé » qui signifierait « abri ». Or, il y a erreur ! Dans mon dictionnaire
basque-français, le mot « abri » se traduit soit par le mot « geriza » prononcé « guérissa », soit
par le mot « gerizpe » prononcé « guérispé », le « z » faisant la différence entre les sons.

On peut s’entendre sans difficulté qu’il existe une énorme distance entre le mot « sel » et le
mot « abri ». Bien que les deux peuvent aider à la guérison (jeu de mot avec guérissa), quand
on parle de Gaspé et de Paspébiac, en ces temps-là surtout, il s’agit bien d’un contexte de
pêche à la morue que l’on sèche accompagnée de sel pour sa conservation. Et l’on sait que les Basques étaient « les plus habiles » dans le domaine, puisque Nicolas Denys, seigneur de
Percé, l’écrivait déjà, en 1672, et que Jacques Cartier, découvreur « officiel » du Canada,
croisait déjà, en 1534, des pêcheurs basques quand il passait à Percé, ce lieu reconnu situé pas
très loin après Gaspé en entrant dans la Baie-des-Chaleurs vers Paspébiac

On résume…

Donc, si on se base sur la graphie Gaspediack pour remplacer Paspediack qui auraient pu être
confondue et sur les significations des mots basques trouvés à l’intérieur du mot étudié, le
sens de « Paspébiac » aurait un lien certain avec les notions de matière (le sel), de localisation
(partie basse, dessous) et de quantité (les deux). Bien sûr, cette hypothèse se fonde aussi sur
l’omission de la lettre « t » dans le mot « gatz » et du changement de la lettre « d » en « b »
pour « biak ». Tout est possible !

Cependant, concrètement, que signifierait « les deux parties basses » ? Elles seraient basses
par rapport à quelle autre partie ? Par rapport au nord de la Gaspésie ? Et pourquoi deux
parties ? Et Gascapediack ?

Conclusion

Tout est discutable sans preuve ! Tout est à questionner sans clarté ! On peut très bien penser que la première syllabe de « Paspébiac » aurait pu être auparavant « Bas- » pour « Basque » et que le son « que » ait été confondu ou remplacé par « pe ». Ce qui changerait tout de A à Z.
Ce qui donnerait une signification tellement différente au mot, quelque chose comme « les deux Basques ». Ce qui semblerait tout aussi plausible, car en ce temps-là, il pouvait très bien y avoir seulement deux pêcheurs basques, chefs de familles basques, à Paspébiac. Il fallait commencer par un ou par deux. Mais d’une façon ou d’une autre, il semble indéniable que le mot « Paspébiac » vient de la langue basque, l’euskara, et non du mot micmac « ipigiag ».

Selon mon avis, les Micmacs avaient leur mot pour situer le lieu. Les Basques aussi !


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